EXPÉRIMENTER LE PROTOCOLE « DISTANT FEELINGS »

inspiré par http://bram.org/distantF/index.html

Chacun chez soi, au réveil…

Instructions d’Annie envoyées par mail la veille au soir :

Essayer de « sentir » la présence des autres en ligne les yeux fermés et sans parler (sans utiliser sa voix)

8h40 connexion à la réunion zoom – si possible devant un fond uni devant votre webcam (façon selfie).

Connexion avec casque ou oreillettes, si ce n’est pas possible couper le micro mais pas la sortie son

j’enregistre

8h45 je mets l’horloge à 10 min

on ferme tous les yeux, on ne parle plus – concentration sur ce qu’on ressent ….

8h55 l’horloge sonne, on ouvre ses yeux et on reste une minute encore sans parler

fin

 

https://youtu.be/_6a0i98HIB8

 

10h20 : projection de la capture d’écran Zoom (mosaïque)

Il y avait une amie de Annie connectée avec nous (Alix Desaubliaux du groupe 3G(enerations) )

Elise a été déconnectée dès le début, elle est restée devant son ordi yeux fermée jusqu’à 9h04

 

RETOURS :

> voir doc Témoignages distant feelings

L’univers sonore lie l’ensemble de l’univers, on a l’impression que c’est le même espace commun, aussi parce que le son est diffusé pour chacun par une seule source.

Le son te tient en lien avec les autres, ça mobilise l’attention, ça réactive la présence aux autres.

Moi j’ai senti comme une séparation entre le son et moi.

On a la sensation d’être dans un espace qui est nul-part.

Est-ce que l’univers ne serait pas une zone affective ?

J’ai senti une communauté. Ça travaille la présence, j’ai cherché à être présent aux autres.

Mais le son était plutôt comme une manifestation parasite, comme des fantômes, ou le bruit de la machine, c’était une intrusion qui ne participait pas de la communauté.

Les grésillements de la machine, pour moi c’était une preuve de présence.

Je me suis livré en confiance à la machine, je n’ai pas pensé que ça pourrait bugger. J’ai pensé qu’on était des sortes de résistants : on ferme les yeux, on ne parle pas, on consacre 10 min à être en présence, c’est tout l’inverse de notre rapport habituel au net. J’ai pensé que s’il y avait quelqu’un qui nous observait il aurait pu nous prendre pour des résistants…

J’ai été déconnectée très vite mais j’ai tout de même fait l’exercice avec vous et bizarrement je me suis sentie « connectée ». Mais un peu à la manière d’un pacte secret, comme quand on donne rendez-vous à quelqu’un qui est à distance tous les soirs à heure dite devant telle constellation d’étoile : on est ensemble parce qu’on sait qu’on fait une chose en commun, « secrète ». C’est un rendez-vous immatériel.

L’autre chose bizarre c’est que quand j’ai rouvert les yeux tout le monde était déjà déconnecté et mon ordi en veille : ça m’a fait l’effet d’un abandon, d’une chute, très physique.

Ce qui change par rapport à un « rendez-vous immatériel » c’est qu’il y a un témoignage, c’est filmé et c’est enregistré. Quelqu’un peut ouvrir les yeux, on sait qu’on est potentiellement regardé.

Et toi Maxime ? J’ai eu l’impression que tu étais loin, que tu t’étais peut-être endormi.

Maxime : J’étais avec vous mais sans barrière, je ne dormais pas.

 

Annie : Ce que je cherche c’est les moments où on se décale, où on lâche l’attention, le contrôle de son image. Je cherche des protocoles qui permettent de capter ce lâcher prise.

 

Mélissa : Est-ce que vous avez pensé au cadre ?

Oui à un moment

Non, mais par contre j’avais l’impression de pencher, et en regardant la vidéo j’ai vu que ça n’était pas le cas.

 

J’ai enfin compris ce que pouvait ressentir ma sœur lorsqu’elle me racontait sa relation amoureuse à distance. Elle me disait qu’elle et son ami dormait chacun devant leur ordi avec skype allumé : j’ai compris qu’il pouvait effectivement y avoir un partage à distance, surtout dans cet état du sommeil, du lâcher prise.

 

Étonnamment avec les yeux fermés ça ne déclenche pas de fous rire, alors que ce type d’expérience peut vite me mener au rire.

En ouvrant les yeux c’était étonnant de découvrir à l’écran une personne qu’on ne connaissait pas dans le groupe.

 

Ça m’a donné l’impression qu’on pouvait se dire « on peut compter les uns sur les autres ». Ça m’a fait pensé à une recherche qui a montré que certains groupes d’animaux, des oiseaux par exemple, consolident leur lien, leur communauté, en se rendant vulnérables (ils effectuent par exemple une danse à un moment et à un endroit qui les exposent à leurs prédateurs) : et ceux qui ne participent pas à ce rituel sortent de la communauté.

Faire l’expérience de notre vulnérabilité comme ciment du commun c’est une façon de résister à la vitesse, à la performance, à la puissance, à toutes ces valeurs qui sont majoritaires dans nos sociétés.

J’ai eu l’impression aussi qu’on se construisait un patrimoine sensoriel, émotionnel par cette expérience.

C’est un pacte.

On n’aurait pas pu le faire sans se connaître.

Pas sûr. Est-ce que ça change quelque chose qu’on connaisse les gens ou pas ?